Dilemme du hérisson de Schopenhauer

Garder une saine distance dans nos relations transversales

C’est en revoyant ce classique du cinéma qu’est l’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison (1968), que je me suis intéressée au dilemme du hérisson. Steve Mac Queen, pris dans un jeu de séduction du chat et de la souris avec Faye Dunaway, avoue avoir le sentiment de vivre son rapport aux femmes, en prenant comme exemple celui du hérisson.

Schopenhauer a en effet comparé le rapport des hommes entre eux à celui du hérisson. Quand le froid arrive dans la forêt, les hérissons sont pris dans un terrible dilemme. Ils ont besoin de se rapprocher les uns des autres pour se réchauffer, mais ne peuvent, de par leur nature piquante, se rapprocher trop près les uns des autres, sans se blesser. Bien qu’ils aient tous le soin de se rapprocher les uns des autres, ils sont conscients qu’ils ont pour vocation de trouver entre eux une juste distance pour se tenir chaud, sans se blesser.

Steve Mac Queen parle de la notion de Schopenhauer avec raison, puisque le dilemme du porc-epic est une analogie sur l’intimité humaine. Malgré son désir pour la belle Faye, le beau Steve ne peut se rapprocher trop près sans éprouver et faire éprouver à l’autre de la souffrance, de par leur nature différente …

Après Schopenhauer, Freud a repris cette notion, suggérant que malgré toute la bonne volonté de l’Homme, l’intimité ne peut exister sans dégât mutuel important.

Le hérisson

Apprend à être modéré dans son rapport à autrui par considération pour l’autre mais aussi et avant tout par considération pour lui-même. Le rapport passionné ne permet pas de garder ses distances et inexorablement peut « piquer » plus ou moins fortement. C’est un choix. Celui de l’intensité. Mais la souffrance n’est parfois pas nécessaire, ni obligatoire. Comme pour le hérisson, il s’agit pour l’Homme de trouver une distance de sécurité, qui permet d’accueillir l’autre, mais en même temps de rester lui- même. « L’enfer, c’est les autres », disait Jean-Paul Sartre. L’autre peut en effet souvent être perçu comme aliénant, car différent de soi. La bonne distante peut alors permettre de respecter la différence de l’autre, tout en acceptant sa propre singularité.

Cette notion est intéressante à regarder du côté des relations interpersonnelles dans le monde professionnel.

Au sein d’une entreprise, on ne peut faire les uns sans les autres. La nécessité de se transformer ensemble est omniprésente. De plus en plus nombreuses sont les occasions de collaborer pour avancer dans des projets convergents, connexes, transverses où leaders, contributeurs, facilitateurs, doivent travailler ensemble, sans rapports de force clairement définis. Souvent une proximité trop grande, de partenaires différents, à la fois dans les contacts mais aussi dans les attentes créent des frictions.

La mise en place d’une distance de sécurité, souvent prodigué par des partenaires extérieurs neutres – Coachs, médiateurs, facilitateurs, pro du conseil – faisant rédiger des règles, chartes de gouvernance est une solution simple et essentielle pour la bonne vie des projets transformants de l’entreprise.

De la même manière dans le management, il est intéressant de « former » aussi bien le manager que le collaborateur à cette distance de sécurité qui sait mesurer l’affect et développer l’efficacité.

En résumé, on peut retenir, comme le prône le flegme britannique, la formule :

« Keep your distance »

Cette bonne distance sociale, polie, qui permet l’épanouissement de soi, en coopération avec le monde et avec les autres : Une vraie définition de l’autonomie.

Claire Laugier Breton

Claire Laugier Breton

Spécialiste des Ressources Humaines et de la Communication

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