Quand l’éternel recommencement est une voie de développement personnel

 

Qui a vu Un jour sans fin (Groundhog Day) – célèbre film de Harold Ramis (1993) avec Bill Murray – ne peut plus écouter de la même manière « I’ve got you babe » de Sonny and Cher !

Dans ce scénario, le héros est bloqué dans la même journée – une journée sans fin donc – celle de la marmotte: le 2 Février. Dans un coin reculé de l’Amérique, « Bill » doit couvrir un reportage sur ledit animal. Notre héros est dans l’obligation de s’endormir chaque soir du 2 février et de se réveiller au matin … du 2 février, au son de la même voix lancinante dans le transistor : « Then put your little hand in mine, there ain’t no hill or mountain we can’t climb, babe, I’ve got you babe…»

Ce scénario sur l’éternel recommencement n’est pas un cas unique. Le cinéma et même les séries en regorgent : Edge of Tomorrow, Amour et Amnésie, Source Code et même récemment la série Russian Dolls sur Netflix.

La structure répétitive

La structure répétitive est une panacée pour un acteur qui peut jouer sur une situation donnée une palette assez large de ses talents.

Il est aussi un diapason pour la structure narrative du scénario :

Tant que le héros n’a pas compris ce qu’il avait à comprendre – et qu’il ne sait pas qu’il doit comprendre – il ne peut pas continuer à avancer…. Mais pour autant en recommençant sans cesse, en restant bloqué où il est, il peut apprendre, s’adapter et faire différemment. Comme dans un jeu vidéo, tant qu’il n’a pas percer le mystère, il ne peut pas passer au niveau 2.

Le thème de l’éternel recommencement est purement humain!

Ne défaisons-nous pas chaque soir notre lit, pour le refaire irrémédiablement le lendemain ? Tel Sisyphe, que l’on doit imaginer heureux de devoir quotidiennement accomplir son destin de mortel, doit-on se satisfaire de ce recommencement sans fin ? Disons que cela dépend de chacun et du chemin de chacun.  La routine a des vertus jusqu’à un certain point. Et c’est justement ce point qui est intéressant.

Si la routine devient prison, si hier ressemble irrémédiablement à demain, n’est-on pas alors « loqués » dans une insatisfaction chronique qui doit nous rappeler que notre vie est entre nos mains.

Comme dit l’adage : 

« Si l’endroit où tu es ne te convient pas, bouge, tu n’es pas un arbre… »

Et en effet, même si notre héros est bloqué dans le temps, il ne l’est pas tout à fait dans l’espace, ou du moins il peut entreprendre différemment chaque jour dans cet espace-temps qui lui est donné. Et c’est quand il comprend cela, qu’il réalise qu’il y a un moyen de s’échapper et donc de grandir. Tout comme nous d’ailleurs. Nous avons tous et toujours un moyen d’action, même dans les situations qui nous paraissent les plus inextricables.

En somme, avec un peu d’investissement personnel, d’éveil, de foi en soi et en ses capacités, nous pouvons comme Bill, Tom et les autres, nous libérer de ce qui nous bloque…

Chacun de ces héros apprend de ses erreurs, réussit à aller de l’avant, à dépasser ses épreuves personnelles, à faire des deuils et à devenir quelqu’un de meilleur. Il peut ainsi sortir de la boucle et résoudre le mystère… son mystère personnel, son odyssée !

Dans le cas de Bill – comédie romantique oblige – la réponse lui était pourtant quotidiennement répétée depuis le début : Tel Sonny, il devait trouver sa Cher : « Then put your little hand in mine, there ain’t no hill or mountain we can’t climb, babe, I’ve got you babe…»

 

Claire Laugier Breton

Claire Laugier Breton

Spécialiste des Ressources Humaines et de la Communication

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