Le voyage dans l’espace au cinéma: un voyage nécessairement vers soi? 

L’espace est très souvent un territoire d’apprentissage au cinéma.

Le paradoxe est que le vide et l’immensité propre à l’espace sont une source d’introspection bénéfique à l’homme.

C’est dans l’espace que Sandra Bulloch dans Gravity (Alfonso Cuaron – 2013) trouve la ressource pour se dépasser – et survivre. C’est aussi dans l’espace que Matthew MacConnaughey transcende sa relation à sa fille et au temps dans Interstellar (Christopher Nolan – 2014).
C’est encore dans la rencontre avec un Alien bienveillant que Amy Mac Adams va trouver les ressources pour affronter et résoudre le mystère et le chemin de sa vie, dans Premier contact (Denis Villeneuve – 2016)

Le Héros, quand il est seul face à lui-même, sans distractions, sans fioritures (sans Instagram en somme !) prend de l’épaisseur et grandit.

 

Le voyage interstellaire est ainsi l’occasion unique de se dépasser, faire ce que personne (ou presque) n’a réussi à faire. Mais pour réussir le héros, cosmonaute a besoin d’échouer et beaucoup… comme pour prouver sa détermination, il tombe 9 fois et se relève 10. L’échec est alors peut être un acte manqué, un moyen de s’interroger sur ces désirs profonds et sur qui nous sommes.

C’est le cas de Ryan Gosling dans First Man (Damien Chazelle – 2018) : Combien de fois a-t-il tenté dans des carlingues de 1ère génération vibrantes et tremblantes, est-il tombé, s’est-il abimé, avant d’être le premier à poser le pied sur la lune ?

C’est en se relevant, en montrant sa pugnacité, qu’il transcende son projet, le rend précieux et lui donne de plus en plus de sens. Neil Armstrong regarde la lune et veut y être. Une fois posé le pied dessus, il regarde la terre. Sa mission n’est pas plus compliquée que ça finalement : Changer ses perspectives. Ouvrir son champ des possibles. Regarder la vie d’un autre point de vue. Être sur terre ou la regarder de l’extérieur change tout !
De loin, dans l’air, on est dans le recul aérien. Dessus, la gravité nous rend médiocres, pris au piège constamment avec nos émotions.

Dans The First, série psychologique avec Sean Penn, c’est la préparation au voyage qui pose question, surtout vis-à-vis de l’entourage du héros : qui et que laisse-t-on derrière soi ?
Pourquoi vouloir partir, seul, ou presque, dans le noir et le froid, découvrir l’inconnu, affronter de potentiels dangers, peut-être pour ne même pas revenir? La question se pose.

Qu’est-ce que le héros va chercher en partant ?

Souvent – comme Ulysse vers Ithaque – il va surtout chercher à revenir !! Mais en ayant, pendant ce voyage, compris qui il était. Regarder la terre depuis la lune ou depuis l’espace est une belle manière de prendre du recul sur ce qu’on vit, pour s’interroger sur son vrai désir, et changer ses plans. Le voyage spatial est alors une odyssée vers soi pour mieux revenir vers les autres.

Pour preuve plusieurs titres de ces films sont évocateurs de ce parcours : First Man, The First, First contact. Quelle est cette préoccupation d’être le premier ? La science-fiction est plutôt un moyen de se singulariser, d’où l’idée d’être le premier, du singulier, du seul et unique, et donc de se définir soi-même, dans sa différence.

Si le film de SF parle aussi souvent d’Intelligence Artificielle – qui ne garde pas un souvenir glacé de Hal 9000 dans 2001 Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick – 1968) , qui se retourne contre l’homme ? – c’est aussi pour mieux reconnecter l’humain à lui-même et à sa conscience.

Tout comme dans Blade Runner (Ridley Scott – 1982) où le répliquant Roy (Intelligence Artificielle à la durée de vie limitée) interroge sur la notion de trace que nous laissons dans l’existence :
« J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir ».

C’est en se confrontant à l’espace, à son silence, à son immensité, mais aussi à l’Alien, à la rencontre avec l’Autre, celui qui est différent de soi, que nous donnons du sens, de la consistance et de la conscience à nos existences humaines. Oui, nous sommes singuliers, mortels et libres de découvrir qui nous sommes et de regarder les choses autrement, d’un autre point de vue… 

Parfois notre parcours professionnel n’est pas si différent de ce voyage dans l’espace, ce voyage vers l’inconnu que nous parcourons seul, à la rencontre de soi.

 

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Claire Laugier Breton

Claire Laugier Breton

Spécialiste des Ressources Humaines et de la Communication

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