Le travail rend-il fou ?

Une vision de la performance à regarder d’un autre œil

 Le cinéma a souvent questionné le rapport au travail, et décrit souvent le monde professionnel comme un lieu violent, dangereux, nocif : un lieu qui rend littéralement fou !

Au-delà de la folie, c’est la notion de la quête, de la place ou de la perte de soi dans l’activité professionnelle qui est le plus souvent interrogée dans ces scénarios. 

Qui ne se souvient pas de Jack Nicholson avec sa tête de fou, mort congelé dans la neige, figé pour l’éternité dans le labyrinthe – de sa psyché – de son hôtel macabre ? N’est-il pas de plus grand investissement professionnel, que celui de Jack (Shinning, S. Kubrick) emmenant femme et enfant passer l’hiver, coupé de tout, garder l’hôtel Overview, l’hôtel qui rend fou. Jack y travaillera tant qu’il y laissera sa peau, comme les précédents gardiens…

 

Et Léonardo Di Caprio ne devient-il pas fou à force de vouloir comprendre ce qu’il se passe sur Shutter Island (Martin Scorsese)…. ?

Et Nathalie Portman, dans Black Swan (D. Aronofski) ne devient-elle pas folle à vouloir atteindre la perfection artistique d’être à la fois cygne blanc et cygne noir.

Sans oublier les films sur la guerre du Vietnam Full Metal Jacket (encore S. Kubrick) et Apocalypse Now (FF Coppola) sur le désir annihilant de vouloir gagner une guerre dont on ne comprend même plus le sens : « J’adore l’odeur du napalm la matin… » (Marlon Brando)

Et pourtant, tous les personnages cités plus haut ont accompli (à leur manière certes) ce qu’on leur avait demandé, ce que leur travail leur imposait de faire….

Les films sur la folie sont étrangement très souvent liés à un surinvestissement professionnel, qui mène parfois à la destruction. Il parle d’un moment où le héros se sur-adapte, se sur-investit, perd son équilibre, et son sens de la mesure. 

Si le scénario de film fonctionne comme un reflet symbolique, les films sur la folie ne sont-ils pas des métaphores expiatoires de nos plus grandes peurs qui seraient de nous perdre entièrement dans une tâche quelle qu’elle soit ? Une enquête policière, un travail de gardien isolé dont personne ne veut, l’accession au statut de danseuse étoile, de guerrier victorieux… ?

 La folie est parfois aussi liée au génie – Wolfang Amadeus Mozart – ou à l’inspiration créative et artistique :  Katy Bates n’est- elle pas que le reflet de la folie de l’écrivain James Caan qui se torture pour retrouver l’inspiration dans Misery ? Et ce jeune apprenti batteur n’a-t-il pas besoin de l’emprise d’un professeur fou et sadique pour maîtriser son art dans Wiplash (D. Chazelle) ?

Qu’est-ce que tout cela dit de l’Homme dans son rapport au travail ?

N’y a-t-il pas un désir inavoué de vouloir performer, se dépasser jusqu’à en perdre la raison pour prouver sa valeur, son individualité ?

 

Le principe d’individuation pourrait en effet être une piste : L’humain a souvent besoin de se différencier et d’être unique pour se sentir exister.

 Or le travail – et le système de compétitivité – impose de rentrer dans un rôle social, dans un moule, mais aussi d’être au-dessus du lot pour pouvoir progresser et évoluer, parfois même pour survivre ; La folie au cinéma n’est-elle pas le reflet de cette double contrainte… qui rend fou ?

Fight Club (D. Fincher) émet cette hypothèse du double qui permet de se différencier, de faire « exploser » les codes, sur le fil du rasoir de la folie … Edward Norton y est le jeune cadre insomniaque et Brad Pitt l’outsider qui offre une autre issue.

Face à sa différence, l’Homme peut toutefois se faire broyer par le système. C’est le cas dans Taxi Driver (M. Scorsese) et Orange Mécanique (S. Kubrick), quand la violence se retourne contre l’agresseur.

De la même manière Le vol au-dessus d’un nid de coucou (M. Foreman), toujours avec le brillant Nicholson, semble être une métaphore de la privation de liberté donné à celui qui est « différent » et qui se sent enfermé dans un rôle professionnel, une société, dans laquelle il va se faire lobotomiser, alors qu’il pensait pouvoir maîtriser ledit système.

Et enfin dans American Psycho (M. Harron), Christian Bale semble devenir un serial killer pour échapper à la vacuité de son existence, à un monde de normes. Pour arriver à se fondre dans les structures sociales en vigueur – compétition, capitalisme -, il tue pour ne pas être comme tout le monde, et paradoxalement avoir une identité. Il exploite sa part de folie pour exister, jusqu’à tuer un sans-abri, pour éliminer celui qui n’a justement plus d’identité.

Alors bien sûr tout ceci n’est que métaphore (et heureusement !), mais vous êtes-vous déjà posé cette question :

Comment je fais pour m’adapter aux standards et aux attendus de l’entreprise, de mes clients, de la société, tout en étant différenciant, unique et en restant moi-même ?

Alors atypiques ou pas atypiques ?  Je vous laisse… trancher !

 

 

Si vous souhaitez aller plus loin, j’ai développé un outil de coaching par le biais du scénario de cinéma. L’idée est de développer les compétences personnelles d’une personne en la faisant avant tout parler de son film préféré et de ce qu’elle y a vu. Pour ce faire, le protocole que j’ai créé a été établi en lien avec la méthodologie de création de scénario de cinéma. Pour plus de renseignements, cliquez ici.

 

Claire Laugier Breton

Claire Laugier Breton

Spécialiste des Ressources Humaines et de la Communication

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